le Web... a 20 ans
En 20 ans, le Web a profondément
changé notre mode de vie.
Pour son anniversaire, ses créateurs se sont
retrouvés à Genève dans les locaux du CERN.
L’occasion de revenir sur
les débuts du Web, son évolution,
mais aussi sur ce que nous réserve
l’avenir

C’est en mars 1989 que le physicien britannique Tim Berners-Lee met au
point le World Wide Web.
Il travaille alors au CERN, le Conseil
européen pour la Recherche nucléaire
(aujourd’hui devenu Organisation
européenne pour la Recherche nucléaire),
et cherche une solution pour
permettre aux chercheurs
de partager leurs informations et indexer plus
facilement les données à travers le Net.
Internet a déjà onze ans, mais
les mini-réseaux locaux
ne sont pas capables de communiquer entre eux.
Tim Berners-Lee exploite alors l’idée de l’hypertexte, un procédé
imaginé dès 1945,
qui permettra à toutes les machines de communiquer
entre elles.
Rapidement, il sera rejoint par le Belge Robert Cailliau
et le Français Jean-François Groff.
Ensemble, en octobre 1990, ils
mettent au point le premier navigateur internet.
Le premier site créé
est, bien sûr, celui du CERN (http://info.cern.ch).
Peu à peu, le système est étendu à d'autres laboratoires de physique du
monde entier.
Mais c’est en avril 1993 que le Web devient accessible au
grand public,
quand le CERN annonce qu'une partie du Web sera
disponible pour tous,
"sans versement de redevances et sans aucune restriction".
C’est sans doute cela qui a permis sa diffusion et son succès si rapides :
"s'il en avait été autrement, l'invention serait certainement morte",
se félicite Tim Berners-Lee aujourd'hui. Dès novembre 1993,
le NCSA
(National Center for Supercomputing Applications, Etats-Unis)
lance le
premier navigateur destiné au grand public, baptisé Mosaic.
Un développement fulgurant
Aujourd’hui,
le Web n’a plus rien à voir avec sa version initiale :
il a des
centaines de millions d'utilisateurs et de sites, et des milliards de
pages.
Le Web a permis de s’affranchir des limites physiques.
Mais,
comme ne manque pas de le noter Tim Berners-Lee, certains en sont
encore exclus :
80% de la population mondiale n’a pas accès à Internet.
Il a donc créé une fondation, la World Wide Web Foundation (WWWF),
dont un des objectifs est d'étendre le Web aux pays en voie de
développement
et de maintenir son ouverture au plus grand nombre.
L’avenir du Web : nouveaux espoirs et nouvelles menaces
Si le Web a déjà changé radicalement la société,
il réserve encore bien des surprises, estime Tim Berners-Lee :
"de
nouveaux changements vont survenir, qui engendreront à leur tour des
changements
encore plus importants, lesquels modifieront le monde".
D'après lui, c’est dans le téléphone mobile que se trouve l’avenir du
Web :
il dispose déjà de plus de navigateurs que les ordinateurs
portables
et constitue le seul moyen d'accès au Net dans de nombreux
pays en voie de développement.
Selon une étude des Nations Unies, en
2008, 60 % de la population mondiale
possède un téléphone portable
(contre 15% en 2002).
Le travail sur les téléphones est donc l’un des
grands axes de la fondation WWWF.
Si le futur du Web est porteur de
nouveaux espoirs, Tim Berners-Lee est également lucide
quant aux
menaces qu’il fait peser sur la vie privée des utilisateurs :
"les
gens utilisent Internet quand ils ont des problèmes, ou pour savoir
s'ils ont des maladies,
mais aussi guidés par leurs idées politiques:
il est vital qu'ils ne soient pas espionnés".
En cause ici, les
gouvernements, qui, de plus en plus, exercent une surveillance
et un
fichage des contenus transmis sur le Web.
Mais aussi les entreprises,
comme par exemple Google,
qui a récemment mis en place un service
permettant de créer des profils des internautes,
afin d’afficher des
publicités "ciblées" liées à leurs dernières recherches.
De nouveaux modes d’utilisation
La
plus grande menace sur la vie privée vient peut être des utilisateurs
eux-mêmes.
Pour Bill Thompson, éditorialiste spécialisé dans les
technologies à la BBC,
"les
utilisateurs [des] réseaux sociaux partagent plus de données, avec plus
de gens,
que le FBI de Hoover, ou la Stasi, n’auraient jamais pu en
rêver.
Et nous le faisons de notre propre chef, espérant pouvoir en
bénéficier de toutes sortes de manières".
Aux utilisateurs,
donc, d’être prudents :
l’avenir du Web, dépendra autant des nouvelles
technologies proposées
que de l’usage que nous en faisons.
Audrey Vassalli (www.lepetitjournal.com) jeudi 19 mars 2009